Comment The Bell Jar dénonce le Patriarcat des années 50


 
« J'ai pris une profonde inspiration et j'ai écouté la vieille vantardise de mon cœur. Je suis, je suis, je suis.»

Publié en 1963, The Bell Jar (La Cloche de détresse) de Sylvia Plath n'est pas simplement un récit semi-autobiographique de la dépression nerveuse d'une jeune fille. Il porte une signification plus profonde et est désormais considéré comme un texte fondateur de la littérature féministe. Le roman, dans ses différentes strates, critique avec force le patriarcat et dénonce les rôles de genre traditionnels qui étaient imposés aux femmes dans l'Amérique des années 1950.

Le roman suit Esther Greenwood dans son parcours d’auto-découverte non dénué d'obstacles. Ce qui est évident dès le départ, c'est qu'Esther est une élève très performante , décrochant sans cesse des bourses d'études et un stage à New York pour un magazine féminin prestigieux. Tout au long des premiers chapitres du livre, elle réfléchit à son avenir et à ce qu'elle veut faire de sa vie. C'est alors qu'elle commence à se sentir submergée par les options, ce qui est symbolisé par l'arbre à figues. De plus, sa confrontation avec Buddy Willard exacerbe son conflit intérieur concernant le sexe, la sexualité et l'hypocrisie. Sa dépression n'est pas un défaut personnel mineur, mais un rejet catégorique des rôles féminins qui lui sont imposés.

Rôles Prescrits

Dès le début du livre, Esther est déjà confrontée à deux différentes options féminines à incarner, entre lesquelles elle a du mal à choisir. Ces choix sont incarnés par :

  • Doreen, un esprit libre, une figure rebelle, libérée des conventions sexuelles de l'époque.
  • Betsy, qui est représentée comme une vierge modeste et innocente et symbolise l'épouse traditionnelle idéale pour les hommes comme Buddy Willard, qui lui-même représente « l'époux idéal ».

Néanmoins, entre ces deux rôles contrastés, Esther ne parvient pas à se définir, car aucun des deux n'est suffisamment épanouissant pour elle, et cela devient l'une des premières. mais Esther est également confrontée à un troisième modèle : Jay Cee, qui incarne la femme ayant sacrifié sa vie personnelle à sa carrière. Bien que cette trajectoire ne soit pas traditionnelle pour une femme et potentiellement désirable pour Esther , l'héroïne est toujours prise dans un dilemme, car pour elle, même la réussite de Jay Cee n'est pas suffisamment épanouissante.

Le Symbolisme Puissant de Plath

En tant qu'œuvre d'une poétesse, le roman de Plath est profondément empreint de métaphores et d'un symbolisme puissant. Ces figures servent non seulement à ajouter de la profondeur au récit, mais également à fournir des représentations tangibles de l'état psychologique d'Esther.

L'Arbre à Figues : La Paralysie des Choix

L'un des symboles les plus marquants est l'arbre à figues. L'arbre à figues incarne les différentes options de vie qui pourraient potentiellement être épanouissantes pour Esther, telles que devenir enseignante, poète, écrivaine, ou endosser des rôles plus traditionnels comme épouse et mère.

Dans le chapitre 7 de La Cloche de détresse, le figuier s'impose comme la représentation tangible des choix accablants qui s'offrent à Esther Greenwood. Chaque figue symbolise un chemin de vie. Cependant, Esther se retrouve paralysée par cette abondance et s'imagine mourir de faim sous le figuier parce qu'elle est incapable de faire un choix. Elle observe, impuissante, chaque figue se rider et noircir.

« Je me voyais assise sur la fourche de ce figuier, mourant de faim, simplement parce que je n'arrivais pas à me décider à choisir l'une des figues. »

En ne choisissant rien, elle perd tout, ce qui nourrit son anxiété. Son incapacité à choisir met en évidence son refus de se conformer à la double morale qui régit les femmes et les hommes de son époque.

La Cloche de Détresse

Nous pouvons dire que la cloche de détresse est la métaphore centrale de ce livre. Elle représente l'expérience de l'isolation et de l'aliénation comme une conséquence directe de la répression sociale. La cloche de détresse n'est pas une simple dépression clinique, mais un sentiment intérieur d'étouffement. C'est, en d'autres termes, un piège dans un monde hostile aux ambitions féminines.

« Mais je savais que, d'une minute à l'autre, la cloche de détresse pouvait retomber et m'étouffer. »

Maternité et le Piège de l'Identité

De plus, à un moment du roman, Esther est confrontée à des mort-nés dans des bocaux en verre. D'une part, pour elle, c'est une vie jamais vécue, prise au piège sans jamais avoir pu exister ou trouver son identité authentique. D'autre part, en montrant des fœtus mort-nés dans un bocal de verre, ce qui est une image grotesque, Plath tente de dépouiller la maternité de son image romancée qui était fortement promue à l'époque. Cela révèle la tragédie de l'échec et la dure réalité de la reproduction.

Pour Esther, la maternité et la grossesse représentent le piège ultime. C'est une étape après laquelle Esther ne peut plus être rien d'autre ; elle se contentera d'incarner le rôle de mère tout en perdant sa propre identité, et c'est là que réside la tragédie pour elle. Ceci est reflété dans deux citations cruciales :

« Ce que je déteste, c’est l’idée d’être sous la coupe d’un homme. Un homme n’a pas un seul souci au monde, tandis que moi, j’ai un bébé suspendu au-dessus de ma tête comme un gros bâton pour me tenir à carreau. »

« Je me suis aussi souvenue de Buddy Willard qui m’avait dit d’un air sinistre et entendu qu’après avoir eu des enfants je verrais les choses autrement, je n’aurais plus envie d’écrire de poèmes. Alors j’ai commencé à penser qu’il était peut-être vrai que quand on était mariée et qu’on avait des enfants c’était comme avoir subi un lavage de cerveau, et qu’après on va son chemin engourdie comme une esclave dans un État totalitaire privé. »

Écrire des poèmes, pour Buddy Willard qui est étudiant en médecine, est un passe-temps insignifiant qui serait effacé par le véritable rôle de la femme, qui est la maternité. Cette réplique est l'une des déclarations les plus claires expliquant pourquoi elle rejette finalement Buddy Willard et l'idéal de la féminité des années 1950 qu'il incarne.

Le Double Standard Sexuel et le Rejet de l'Hypocrisie de Buddy Willard

Le concept du sexe dans le roman de Plath ne concerne ni le plaisir ni l'amour. C'est une manière de dépeindre une autre norme imposée aux femmes par les hommes des années 1950. Il s'agit, avant tout, des jugements de la société sur les femmes qui ont des relations sexuelles avant le mariage, de la misogynie et de la question de la revendication de son propre corps.

Comme mentionné dans le livre, pour Esther, les gens sont divisés entre ceux qui ont eu des relations sexuelles et ceux qui n'en ont pas eu. Elle est quelque peu obsédée par le concept de virginité ou de pureté et irritée par le double standard qui existait pour les hommes. En effet, à cette époque, les femmes étaient censées attendre le mariage, alors que les hommes avaient des relations sexuelles prénuptiales. Esther ne parvenait pas à trouver de juste milieu : être une femme traditionnelle comme le souhaitait sa mère, ou être comme Doreen, qui était affranchie de ces ancres.

L'hypocrisie de son fiancé, Buddy Willard, est un catalyseur majeur de la dépression d'Esther et de son rejet de la voie traditionnelle. Alors qu'Esther pensait que Buddy était un garçon innocent et pur, il lui avoue avec désinvolture avoir eu une aventure avec une serveuse durant l'été. Ceci, comme on pouvait s'y attendre, bouleverse profondément Esther ; elle se sent trahie et est révoltée par l'hypocrisie de Buddy.

Dans les chapitres ultérieurs du livre, Esther considère sa virginité comme un fardeau et cherche à s'en débarrasser. L'expérience qu'elle a avec Irwin se révèle douloureuse et nécessite une visite aux urgences. Cependant, Esther ne regrette rien et, en fait, se sent libre et allégée de ce poids.

Considérer The Bell Jar comme étant simplement le premier roman d'une poète est un point de vue artificiel. Le livre est fortement centré sur le sujet du féminisme et critique avec virulence la misogynie et le patriarcat de l'époque. Il sert de puissant témoignage de ce que les femmes ont traversé tout au long de l'histoire. Il affirme que la dépression nerveuse d'une femme peut être une protestation directe, logique et justifiée contre une société qui exige l'anéantissement de son ambition.




Au début, le roman a été publié sous le pseudonyme de Victoria Lucas et non sous celui de Sylvia Plath. En fait, le personnage principal, Esther Greenwood, s'appelait Victoria Lucas dans le manuscrit. Sur la recommandation de son éditeur, elle a décidé de changer ce nom. Si vous voulez en savoir plus sur les raisons, je vous recommande de vérifier la ligne ci-dessus.

https://blog.nls.uk/sylvia-plaths-the-bell-jar


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